Le mulching

 

LE MULCHING, une technique nécessaire

De plus en plus, nous entendons le terme « mulching » à propos des plantes cultivées voire même dans le cadre de l’entretien des gazons par le biais de nouvelles machines que l’on appelle « tondeuses mulcheuses », et cela, sans toujours savoir de quoi il retourne.

Le dictionnaire anglais-français nous apprend que le terme « mulch » signifie « paillis » et donc que le verbe « to mulch » signifie « pailler ». Autrefois, le paillis traditionnel n’était rien d’autre qu’une sorte de fumier pailleux très délité et partiellement décomposé. On l’épandait sur les semis et sur les jeunes plantations. C’était déjà une méthode de couverture du sol par de la matière organique. Certaines entreprises horticoles telles que les fraiseraies utilisaient et utilisent parfois encore la paille, mais cette fois entre les rangs de fraisiers. Dans ce type d’entreprise, et pour deS raisons de facilité et d’économie de main d’oeuvre, on remplace bien souvent le mulch d’autrefois par différents matériaux tels le polyéthylène noir ou le papier biodégradable.

De nos jours, le terme « mulch » désigne de manière plus large toute couverture –totale ou partielle- du sol de matière végétale, et le terme « mulching », la technique de mise en œuvre de ce mulch. Le mulching pourrait être interprété comme étant un « compostage de surface ». En effet, le meilleur exemple de mulching naturel que nous connaissons se rencontre en forêt. Dans ce milieu, chaque année, une masse importante de feuilles mortes et de brindilles tombe et s’accumule sur le sol et forme la litière. Cette litière est un mulch naturel. On perçoit donc tout de suite l’importance du mulch pour le sol : il permet d’entretenir sa fertilité. La nature a donc trouvé un système très simple, et cependant très complexe à la fois, qui lui permet de se perpétuer sans autre apport d’aucune sorte, si ce n’est une certaine quantité de minéraux apportés par la pluie.

 

POURQUOI ET COMMENT MULCHER ?

pour protéger le sol de la pluie :

Pour nous? jardiniers, la saison préhivernale est bien entendu la saison idéale pour pratiquer le mulching, puisqu’à ce moment, la terre est nue et donc très sensible aux éléments extérieurs, notamment la pluie. La pluie tasse et compacte le sol, entraîne une partie des éléments nutritifs vers la  nappe phréatique, et dans certaines situations extrêmes, provoque une véritable érosion.

pour freiner la croissance des mauvaises herbes :

On remarquera qu’une terre nue va inévitablement se couvrir de ce que l’on appelle communément des « mauvaises herbes », comme pour se protéger. SI elle ne le fait pas, c’est que le climat ne le permet pas (dans les zones arides p.ex.) ou alors qu’elle est bien malade. En réalité, Ces herbes ne sont pas mauvaises du tout. Elles jouent un rôle essentiel dans la protection du sol et sont le reflet de la qualité de celui-ci. Les herbes sauvages sont un bon indicateur de l’état du sol. Cependant, le jardinier n’aime pas la concurrence, d’autant que pour cultiver, il faut que le sol soit mis à nu.. Dès lors, le moyen de freiner la croissance de ces herbes est de les remplacer par une autre couverture, le mulch.

pour garder le sol humide et à bonne température, et le protéger du gel :

L’activité biologique d’un sol ne peut se développer harmonieusement que dans un sol humide. En effet, les êtres vivants du sol, bactéries, champignons, vers de terre et autres, ne peuvent survivre que dans un milieu humide et aéré, mais non détrempé. Une bonne couverture du sol réduit l’évaporation et permet de maintenir une bonne humidité en surface. Elle va également réguler la température à la surface du sol, c’est-à-dire, réduire les écarts entre températures diurnes et nocturnes. Elle agit comme un manteau qui non seulement protège de la pluie, mais aussi du dessèchement par le vent, et contribue à réduire les écarts de température trop violents. La couleur de la couverture du sol joue elle aussi un rôle. Plus elle est sombre, plus elle va absorber de chaleur. Le sol va donc se réchauffer plus vite. Ce manteau va aussi protéger le sol du gel trop intense.

pour continuer à nourrir le sol en hiver

Si le sol restait nu en hiver, toute activité biologique en surface s’arrêterait. Au contraire, un sol protégé par un mulch poursuit son activité, ralentie certes, mais la poursuit quand même en transformant la couche inférieure du mulch en éléments nutritifs. Dès lors, au printemps, lorsque la température sera favorable, l’activité biologique du sol reprendra plus rapidement et avec une plus grande intensité.

 

QUEL TYPE DE MULCH POUR QUEL OBJECTIF ?

les matières végétales vertes coupées :

Cette matière végétale peut être constituée d’herbe coupée si nous sommes à la fin de la période de tonte, ou d’une coupe d’engrais vert issue d’un coin du jardin réservé à cet effet, mais aussi de résidus de récolte (fanes de carottes ou de pommes de terre, feuilles de choux et trognons de choux, pieds de tomates, etc.). Tous ces végétaux devront autant que possible être hachés en petits morceaux. On ne dépassera les 2cm d’épaisseur avec  ces matériaux car ils sont relativement fins, et en plus épais, ils risquent de provoquer l’asphyxie. Ces matériaux nourrissent le sol et protègent la structure du sol dans une moindre mesure.

le compost :

Le compost, comme les matières végétales vertes, nourrit le sol et améliore sa structure, mais il a l’avantage d’offrir au sol une matière plus digeste, car plus accessible aux microorganismes du sol. Bien entendu ce type de mulch ne devra pas être enlevé au printemps car il aura été digéré en grande partie et continuera à l’être de plus belle au fur et à mesure que la température extérieure s’élèvera.

Si, comme c’est généralement le cas, on dispose de plusieurs types de matériaux, on les répandra successivement sur toutes les surfaces libres, dans l’ordre ci-dessous : d’abord le compost, puis le fumier ou les engrais animaux du commerce, enfin les résidus végétaux ou la paille.

la paille ou le foin :

Ces matières étant plus grossières et plus riches en carbone, elles se décomposent plus lentement et nourrissent moins facilement le sol. Elles constituent cependant une très bonne protection temporaire du sol et sont un matériaux idéal en interligne des cultures (poireaux p.ex.). Ces matériaux devront être retirés au printemps pour laisser la place aux cultures. Le foin se décompose toutefois plus vite que la paille et a une valeur fertilisante plus grande, mais il est plus cher. On peut cependant trouver, à la campagne, du foin plus ou moins mouillé dont les agriculteurs se débarrassent à bas prix.

le fumier frais :

On emploiera le fumier frais soit directement à la sortie de l’étable, soit après un bref séjour en tas allongé, non tassé et de faible section. Le fumier provenant d’un tas de fumier classique est à déconseiller car il contient des substances inhibitrices, en raison de la fermentation anaérobie (en l’absence d’air) qu’il a subie. Il est très important que les matériaux soient apportés sous une forme aérée et bien divisée. Il faut éviter les « paquets » de fumier car le sol doit pouvoir continuer à respirer. Le fumier sera idéalement saupoudré de poudre de roche (basalte par exemple) afin de fixer l’ammoniaque et d’apporter des éléments minéraux complémentaires, notamment des oligo-éléments.

les écorces, copeaux et branches broyées :

Les écorces, copeaux de bois ou branches de taille broyées constituent moins une nourriture pour le sol qu’une réelle protection mécanique contre l’érosion, la pluie et la pousse de mauvaises herbes. C’est pourquoi ces matériaux sont plus indiqués de manière permanente sous des arbustes bien développés et des plantes vivaces, en couches de 5 à 8cm. Ils offrent en outre un aspect visuel plus attractif. Au potager, ces matériaux peuvent servir pour créer des allées entre les plates bandes. Dans ce cas, on peut encore en augmenter l’épaisseur, jusqu’à 10-12cm. On pourra marcher dessus sans problème, sans s’enfoncer et si l’idée nous vient de réutiliser ces endroits pour cultiver, il suffit alors de racler les copeaux pour retrouver le sol initial qui sera bien propre. Ce type de mulch enrichit progressivement le sol en humus. Si on craint une faim d’azote des plantations où ces matériaux ont été épandus, on peut placer ces copeaux ou broyat sur des journaux ou sur du carton afin qu’ils ne se mélangent pas au sol. C’est une technique utilisée pour transformer une pelouse en terre de culture. En automne, on tondera la pelouse que l’on veut transformer le plus ras possible. On y placera une couche de carton, puis une couche de compost ou de broyat de 10-12cm d’épaisseur. Au printemps suivant, il y a de grandes chances que toute l’herbe soit morte et que le sol soit suffisamment souple pour pouvoir commencer à y cultiver.

le polyéthylène noir :

Ce matériau supprime la pousse des mauvaises herbes, il réchauffe le sol au printemps dès l’apparition des premiers rayons de soleil, et permet une récolte précoce. Mais au contraire des végétaux, il ne nourrit pas le sol et peut créer des difficultés en cas de grosses pluies. Il serait préférable d’utiliser un film microperforé.

 

CONCLUSION

La pratique du mulching est hautement conseillée car elle permet de valoriser au mieux la matière organique dont on dispose. Elle protège et nourrit le sol durant tout l’hiver qui, au printemps, sera dans un état de fertilité optimum.

 

Nature & Progrès Vincent GOBBE

Désherber dans les allées

 

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Les auxiliaires au jardin

 

Un havre de vie sauvage

Pourquoi le paradis terrestre – du moins l’idée que nous nous en faisons – a-t-il, dans notre imaginaire occidental, cette allure si aseptisée ? Des pelouses uniformes et bien vertes, des végétaux bien rangés, quelques papillons virevoltants pour la vue, des oiseaux et leurs chants pour l’ouïe, des fleurs réunies en parterres et des plantes aromatiques pour l’odorat, quelques arbres fruitiers où pendent de beaux fruits pour le goût… Mais jamais d’orties pour le toucher, ni le moindre « désordre » ! Dieu ignorerait-il la permaculture ?

Ces souvenirs, enfouis dans la mémoire collective, sont-ils symptomatiques de la peur panique que provoquait la vraie nature sauvage, dont il ne reste rien aujourd’hui ? En tous cas, l’histoire des jardins et toutes les sources iconographiques dont nous disposons nous montrent que l’Homme a toujours eu cette volonté d’éloigner de lui le moindre aspect sauvage des jardins.

Sans tomber dans l’excès contraire, sans renoncer nécessairement à quelques morceaux de pelouse bien tondue ou à quelques alignements de légumes, il est impératif de transformer nos jardins afin d’y accueillir la vie sauvage indispensable à un écosystème équilibré. Quelques modifications et aménagements simples vont souvent permettre à de nombreux animaux auxiliaires du jardinier d’adopter le jardin et de pouvoir y vivre.

La coccinelle : un exemple des besoins rencontrés par la faune du jardin

Si de simples lâchers d’insectes auxiliaires, comme la coccinelle, suffisaient à réduire les ravageurs dans nos jardins – dans ce cas, le puceron – , il y a bien longtemps que la revue Valériane vous aurait venté ce type de lutte. Mais il n’y a pas de recette miracle. Le commerce, toujours à l’affût de bonnes affaires, a mis sur le marché des coccinelles asiatiques nuisibles aux populations locales d’auxiliaires. Ces exotiques frileuses envahissent les maisons à l’approche de l’hiver. Fort heureusement, leur commercialisation a cessé depuis bien longtemps. Mais le mal est fait !

Quelle efficacité peut-on attendre de ces animaux, si de bonnes conditions d’accueil ne sont pas prévues ? L’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), en France, a créé une nouvelle race de coccinelle sans ailes afin qu’elles ne puissent pas se déplacer si le milieu où on les lâche ne présente pas toutes les conditions utiles à leur survie. Une preuve supplémentaire que même lorsqu’ils cherchent des solutions plus naturelles, les milieux agronomiques, qui sont conscients de la détérioration de l’environnement campagnard, ne cherchent qu’à s’y adapter sans jamais aucune remise en question des dérives pitoyables de l’agriculture conventionnelle.

Fort heureusement, les coccinelles – et bien d’autres auxiliaires du jardinier – existent encore dans notre environnement et l’aménagement du jardin devra viser, non seulement à les attirer, mais surtout à les maintenir. Nous devons donc développer, au jardin, de petits écosystèmes aptes à répondre à leurs besoins.

Poursuivons donc avec notre exemple de la coccinelle.

Quels sont ses besoins ?

Elle doit :

– trouver un abri hivernal qui la protège de l’humidité excessive et des froids hivernaux ; un tas de feuilles mortes ou une clôture garnie de lierre conviennent très bien ;

– trouver suffisamment de protéines au printemps afin de produire ses œufs ; le nectar et le pollen des fleurs sauvages, des aromates, des médicinales et des légumes en fleurs de nos parterres fleuris les lui fourniront ;

– trouver des colonies de pucerons dans lesquelles elle va pondre ses œufs puisqu’il s’agit là de la seule alimentation des larves de coccinelles ; les jeunes pousses des plantes ornementales et potagères, mais aussi sauvages, offrent les premières colonies de pucerons qui nourriront les premières coccinelles ;

– trouver de l’eau pour se désaltérer : la mare, mais aussi une simple flaque d’eau ou un massif de végétation dense qui retient plus tard la rosée ou encore quelques pieds de cardères qui gardent l’eau à l’aisselle de leurs feuilles, offrent l’eau indispensable à la vie !

Cet exemple montre les besoins de la coccinelle. Mais il y a de nombreuses espèces de pucerons et bien d’autres de ravageurs auxquelles correspondent tout autant de prédateurs spécifiques – le plus souvent polyphages comme la coccinelle et ses larves dont il existe plus de dix espèces – qui mangent des pucerons mais aussi des cochenilles et des acariens.

Donc, plus le biotope du jardin sera riche et diversifié, plus les auxiliaires des cultures seront variés.

 

Comment aménager le jardin ?

Il n’y a pas de règles strictes ! Il faut tenir compte de la place disponible dans le jardin mais aussi de l’environnement immédiat. Plus il y aura de petits biotopes variés et plus le jardin atteindra vite un bel équilibre entre ravageurs et auxiliaires, et plus cet équilibre sera stable dans le temps. Cependant, si vous manquez de place, pourquoi placer une haie large, variée et dense si votre voisin en possède déjà une ? Pourquoi transformer votre pelouse en prairie sauvage si le terrain contigu est envahi, depuis plusieurs années, par les herbes folles ?

Il est donc important d’observer le voisinage et de compléter les « manques » que vous pouvez identifier, d’aménager vous-même ce qui vous semble indispensable à un bon équilibre écologique.

 

Quelques exemples de plantations et d’aménagements utiles

– La haie

Toute haie est utile au jardin. De préférence placée au nord et à l’est, elle protège des vents froids et augmente le rendement des végétaux et des animaux. Plus elle sera plantée d’essences locales variées, plus on lui donnera de largeur et de hauteur, et plus elle arrivera à former, à elle seule, un écosystème complet. Les différentes strates seront habitées par des espèces différentes d’oiseaux qui trouveront dans ce milieu la nourriture nécessaire – fruits ou insectes, selon les espèces – mais aussi les matériaux pour la construction du nid. Les épineux protégeront les nids des prédateurs. Les fruits des différentes espèces d’arbres et d’arbustes nourriront, à différents moments de l’année, les oiseaux qui ont élu domicile dans la haie.

Les pierres, les branches, les feuilles laissées au pied de la haie offrent aussi de magnifiques abris pour l’hiver. Pendant toute l’année, la haie abrite, en effet, de nombreuses espèces d’animaux des intempéries et des conditions extrêmes de température : les grands froids en hiver mais aussi la chaleur en été. Certaines d’entre elles sont aujourd’hui en voie de disparition suite, entre autres, aux remembrements des parcelles agricoles qui ont fait disparaître les haies de nos paysages.

– La mare naturelle

Naturelle, c’est-à-dire sans poissons ou autres animaux exotiques…

La mare apporte sa fraîcheur au jardin et à ses habitants. Elle permet également à toute une vie spécifique de se développer sans intervention du jardinier. Après et avec les plantes, coléoptères, cousins et libellules vont s’installer dans un premier temps. Mais le jardinier aura bien vite le plaisir de découvrir que crapauds, grenouilles ou salamandres vont également coloniser ce milieu…

– Le mur de pierres sèches

Des ouvertures laissées au pied du mur et des abris, disposés à l’arrière, vont permettre à une faune très diversifiée de s’y réfugier. Refuge d’hiver pour le hérisson ou la musaraigne, lieu de réchauffement pour le lézard ou l’orvet, lieu de chasse pour les insectes et les araignées, le mur de pierre sèche accueille, lui aussi, d’innombrables animaux, auxiliaires du jardinier.

– La pelouse sauvage

La prairie maigre, qui est la forme la plus riche en fleurs, doit être fauchée une ou deux fois l’an afin de ne pas laisser apparaître de plantes ligneuses. La fauche sera ratissée et retirée du sol afin d’appauvrir progressivement celui-ci. De cet appauvrissement va résulter l’apparition progressive de nouvelles plantes sauvages. Il est possible d’accélérer quelque peu la transformation en récoltant, avec parcimonie, des graines au bord des chemins et en les semant sur de petites surfaces légèrement labourées, soit quelques décimètres carrés. Si le choix des plantes est bon, elles se répandront, sinon elles seront incapables de s’imposer. La floraison d’un tel milieu apportera une alimentation indispensable à de nombreux insectes butineurs.

– Le coin de végétation dense

Il peut être composé des plantes adventices de votre jardin et, divisé en deux ou trois parties, être fauché partie par partie afin d’éviter l’apparition de plantes ligneuses tout en conservant toujours une végétation haute sur une des parties. La végétation haute permet de recueillir la rosée et de la conserver plus longtemps dans la journée. De nombreux animaux viendront s’abreuver dans ce coin. Un tel endroit va permettre également aux insectes « nuisibles » de se développer et à leurs prédateurs de commencer à se reproduire. Un tel endroit peut également être planté de plantes sauvages utilisées par le jardinier comme l’ortie, la valériane, l’alchémille, le rumex… Le rôle de coin de végétation dense peut également être joué par deux petites parties de la pelouse que l’on « oublie » de tondre une fois sur deux…

– Le lierre

Le lierre est indispensable dans un jardin naturel ! Il fleurit et fructifie tard dans la saison et offre ainsi une nourriture abondante en période de disette. Mais c’est surtout la protection de son épais manteau de feuillage vert qui est particulièrement utile au jardin en hiver et qui permet à d’innombrables animaux de venir s’y abriter. Il pousse à toutes les situations, même les plus ombragées. Il peut être planté au pied d’un mur, mais il forme aussi de belles haies si on le palisse sur une clôture. Le lierre offre alors l’avantage de pouvoir grimper très haut et de n’exiger aucune taille car il arrête de grimper là où s’arrête le treillage. Placé contre un mur de pierres sèches, sur un tas de bois mort ou de cailloux, ou encore dans une haie vigoureuse, il accentue l’intérêt de ces milieux pour les animaux. D’autres végétaux, comme le sureau – dont les branches creuses abritent de nombreuses espèces de guêpes solitaires – ou le souci, qui fleurit tôt au printemps, offrent un grand intérêt pour le jardin.

– Les fleurs

Elles jouent évidemment un rôle très important dans l’alimentation de nombreux insectes et il faut veiller à ce que le jardin soit fleuri pendant toute la belle saison. Les fleurs des arbustes de la haie et des plantes sauvages vont jouer ce rôle, mais le jardin sera encore plus accueillant si vous plantez des plantes aromatiques comme le thym, l’origan, le romarin, la livèche, les menthes, la citronnelle… Les légumes non consommés ne seront arrachés que si la place manque car leur floraison est tout aussi importante pour l’équilibre biologique du jardin. Pour les plantes ornementales, on préférera toujours les espèces à fleurs simples car les variétés à fleurs doubles ne fournissent ni pollen ni nectar.

– Les feuilles mortes

Rassemblées en petits tas, ou accumulées au pied de la haie, elles abritent et nourrissent un bon nombre d’animaux. Il est souvent utile de placer quelques branches par-dessus afin que le vent ne les éparpille pas.

– Les abris et les nids

De nombreux abris et nids demandent peu de temps et de matériaux pour leur fabrication et pallient à la disparition des sites naturels. Eux aussi vont permettre à de nombreux animaux – mammifères, oiseaux, batraciens, insectes – d’occuper votre jardin…

Cette liste des aménagements utiles est évidemment loin d’être exhaustive. Elle n’énonce que quelques idées parmi bien d’autres qu’il n’est d’ailleurs pas nécessaire de réaliser toutes pour obtenir un « écosystème jardin » bien équilibré. Tout jardinier désireux de préserver l’équilibre biologique de son jardin doit être attentif à la vie qui y naît et veiller, en tout premier lieu, à la renforcer ou, tout au moins, à ne pas la perturber… Il doit veiller, par exemple, à ne pas éradiquer orvets ou hérissons en installant une mare pour accueillir des grenouilles.

 

Les animaux au jardin

Un livre entier ne suffirait pas pour parler des animaux du jardin. Il sera, bien sûr, toujours intéressant de connaître les auxiliaires du jardinier et leurs mœurs ; il est cependant plus important de bien comprendre le fonctionnement de l’écosystème du jardin. Celui-ci est parfois d’autant plus fragile qu’il se trouve situé au beau milieu de cultures intensives et que rien, dans les environs immédiats, ne peut alors aider à renforcer le fragile équilibre qui est le sien.

Le jardin et, qu’il soit dans la ville où à la campagne, le milieu qui l’entoure sont constamment perturbés par le travail de l’Homme. De plus, les pelouses bien tondues et les interminables haies de thuyas, en ce qui concerne les jardins, ainsi que les remembrements, les monocultures et la banalisation de la flore des bords des routes et des chemins laissent peu de chance à l’établissement d’écosystèmes solides. Notons ici que le fauchage tardif a légèrement amélioré la diversité de la flore et de la faune des bords de routes, mais l’utilisation des herbicides sélectifs pour les cultures de céréales ne permet, sur les bords des champs, que la pousse des graminées sauvages qui sont de la même famille et résistent donc seules à ces herbicides.

Les lieux occupés par l’Homme sont d’ailleurs souvent qualifiés de « déserts végétaux ». Les innombrables traitements chimiques apportés par les particuliers et par les agriculteurs nuisent énormément à l’environnement et perturbent grandement l’équilibre déjà fragile des écosystèmes et cela, bien au-delà des zones traitées. Les jardins naturels et les zones inoccupées par l’Homme forment donc, au milieu et au travers de ce vaste désert végétal, une oasis de vie intense, un maillage écologique qu’il faut absolument préserver et, surtout, renforcer.

 

Attirer les animaux

Le jardin bien aménagé peut héberger de nombreux animaux qui y forment des associations en fonction de leurs besoins alimentaires. Les phytophages, comme les limaces, mangent nos laitues. Des prédateurs, comme les carabes, mangent les limaces. D’autres prédateurs, comme les grenouilles, mangent les carabes. Il y a enfin les hyper-prédateurs, comme les rapaces, qui se nourrissent des grenouilles. Chaque maillon empêche la prolifération du maillon précédent et l’ensemble des maillons forme la chaîne alimentaire qui transfère l’énergie nécessaire à la vie du végétal vers l’hyper-prédateur. La disparition d’un de ces maillons est toujours préjudiciable à l’équilibre de l’écosystème dans son ensemble, amenant, dans le cas de nos jardins, un déséquilibre souvent favorable à la prolifération des phytophages. Ces phytophages sont indispensables et le jardinier doit absolument éviter de les éliminer de manière radicale.

Mais d’autres animaux que les phytophages et les prédateurs fréquentent notre jardin. Les bio-décomposeurs font disparaître les déchets organiques et réalisent un travail de pré-humification. Ils jouent donc un rôle essentiel pour l’enrichissement de notre sol en humus et doivent également être soigneusement préservés. Les nécrophages font disparaître les cadavres des autres animaux, les coprophages s’occupent de leurs déjections, alors que les saprophages, comme les iules ou les cloportes, mangent les débris végétaux.

Certains de ces animaux, dont le milieu a été fragilisé et qui se reproduisent lentement, pourront être aidés par l’aménagement de refuges, par la construction de nids ou en leur offrant des sites de nidification qu’ils ne trouvent plus parmi les derniers lambeaux de nature de certaines de nos régions.

Il ne faut pas commettre l’erreur de vouloir introduire de nouvelles espèces dans le jardin car on contribue ainsi à détruire le milieu où l’on prélève ces animaux mais surtout à déstabiliser brutalement l’écosystème où l’on se risque à effectuer l’introduction.

Enfin, une bonne connaissance de la faune permet de mieux adapter le jardin à ses besoins spécifiques. Ainsi, lorsque vous tuez une limace, s’agit-il d’une limace phytophage ou d’une testacelle carnivore dévoreuse de ses congénères ? Il est utile d’y regarder de près pour bien les différencier ! Et puis quel plaisir de se passer de pesticides au jardin, fussent-ils biologiques et peu nocifs pour l’environnement…

Pourquoi maintenir l’équilibre des communautés animales et donc les phytophages dans le jardin ?

Certains insecticides sont autorisés en agriculture biologique. Pourquoi alors déconseiller l’usage de ces produits de manière systématique dans le jardin ? Voyons le cas, tellement embêtant, des pucerons. Les pucerons ont de multiples prédateurs qui ne peuvent se reproduire que s’ils ont, précisément… des pucerons à manger ! Pulvériser un insecticide sur une colonie de pucerons revient donc à supprimer toute chance de voir les prédateurs se multiplier et… de résoudre notre problème !

Les attaques importantes de pucerons ont lieu au printemps, quand les prédateurs sortent d’une longue hibernation, et il est difficilement supportable pour un jardinier de voir les tiges de son superbe rosier, de ses arbres fruitiers ou de ses légumes entièrement recouvertes de pucerons. Que faire alors ? On peut, dans un premier temps, soulager les plantes en les aspergeant d’un fort jet d’eau qui va littéralement projeter les pucerons au sol ; on peut également incommoder ces envahisseurs en pulvérisant de la poudre de roche très fine à l’aide d’une poudreuse. Ces solutions ne sont pas radicales mais elles vont laisser le temps aux prédateurs de démarrer leur cycle sur les pucerons survivants. Et, deux ou trois semaines plus tard, il faudra que vous cherchiez très attentivement pour découvrir les derniers pucerons sur vos plantes…

Il est également possible d’accueillir les pucerons au jardin sur des plantes sauvages afin de permettre aux premières générations de prédateurs de se reproduire sur des plantes qui ne vous tiennent pas à cœur. Avez-vous déjà remarqué la multitude de pucerons qui sont présents sur les orties, sur les sureaux ou sur les églantiers ? Pourquoi ne pas réserver à ces plantes, et à bien d’autres, un petit coin de votre jardin ?

Pourquoi les saprophages s’attaquent-il aux légumes ?

Les animaux saprophages consomment, de préférence, des végétaux morts et c’est encore lors de perturbations de leur milieu de vie qu’ils vont être obligés de s’attaquer, pour s’alimenter, aux plantes du jardin. Il faut imaginer le cataclysme que représentent, pour eux, de simples travaux d’entretien. Le potager que nous nettoyons et que nous fraisons, en une fois au printemps, laisse-t-il d’autre choix à ces animaux que de se ruer sur nos jeunes semis ?

Quand nous retirons soudain le « mulch » de feuilles mortes, qui a protégé les fraisiers du froid en hiver, afin de désherber et d’aérer le sol et que nous le remplaçons par de la paille sèche trop dure pour les nourrir, n’oblige-t-on pas certains insectes à manger la plante ou son fruit ? Il faut donc être attentif à effectuer les travaux progressivement, à replacer, dès les travaux terminés, de fins « mulchs » que l’on veillera à réalimenter tout au long de l’année.

Pour aller plus loin, consultez LECLERC B. & LEBLAIS G. (2015), Des auxiliaires dans mon jardin !, Editions Terre Vivante.

Les cultures associées

 

Jardiner grâce à la méthode des cultures associées « Gertrud Franck »

Gertrud Franck était l’épouse d’un producteur allemand de semences. Décédée en 1996, à l’âge de nonante-trois ans, elle voua plus de trente ans de son existence à l’étude d’une manière de jardiner qui soit la plus proche possible de ce que la nature réalise lorsqu’aucune présence humaine ne la perturbe. Elle chercha à imiter au mieux ce que la nature fait toute seule, c’est-à-dire jamais de sol nu, des plantes qui poussent en s’auto-organisant harmonieusement, et ce sans aucun ajout d’un quelconque produit inventé par l’Homme.

Gertrud Franck est l’auteure d’un livre traduit en français, en 1983, et intitulé Cultures associées au jardin, légumes, herbes, fruits, fleurs. C’est la référence incontournable dans ce domaine ! Un deuxième ouvrage, qui complète le premier, vit également le jour. Il s’agit de Mon jardin sauvage fleuri et productif. Tous deux sont malheureusement épuisés à ce jour ; c’est pourquoi nous vous proposons ici la présentation de cette méthode.

 

Associer les cultures – Par Jacques Biston

Etudions tout d’abord ce que nous montre la nature. Un sol n’est jamais nu à l’état naturel. Et si nous décapons un bout de terrain, nous constaterons très vite qu’une multitude de plantes vont y germer et s’y développer. Nous verrons ensuite que certaines de ces plantes vont prospérer plus facilement que d’autres pour enfin les submerger, voire les anéantir. Ce que Gertrud Franck a étudié toute sa vie, c’est ce qui fait qu’une plante se développe bien dans un certain environnement et moins bien dans un autre, et donc l’interaction éventuelle entre elles. Partant de cette constatation, elle a poussé sa recherche vers l’étude des environnements qui conviennent le mieux aux différentes plantes du jardin, et ce sans aucun a priori quant à ce qui est « légumes, mauvaises herbes, fleurs, aromatiques, médicinales »… C’est donc le fruit d’une vie de travail et de recherche qu’elle nous offre dans ses deux livres et dont nous reprenons ici le condensé.

Avant toute chose, il est primordial de prendre conscience que, dans la nature, rien ne peut exister seul, isolé d’autres plantes. Les résultats des monocultures en témoignent, après quelques années… La nature est une grande communauté où tout est interdépendant. Gertrud Franck comparait cette interdépendance à un filet dont chaque maille serait une plante ou un animal, le tout formant un ensemble que nul ne peut rompre sans mettre en danger le filet tout entier. Dans sa méthode, elle nous propose une organisation du potager en lignes, qui donne aux différentes cultures un espacement suffisant pour une bonne aération, et une association de plantes qui, par leurs influences réciproques tant au-dessus du sol – les odeurs – qu’au niveau racinaire – les sécrétions, les bactéries spécifiques, les résidus de décomposition de racines – se stimulent mutuellement.

  1. La couverture du sol

Dans la nature sauvage, dans la forêt, le sol n’est jamais nu ! Il est toujours recouvert d’une importante couche de feuilles mortes, de débris de plantes et d’arbres morts, ainsi que de restes et de déchets animaux. Sous cette couverture, la vie est intense, une multitude de petites bêtes diverses et surtout les vers de terre – de cent à deux cents au mètres carré – s’empressent de travailler la terre en profondeur, en transformant ce qu’ils prélèvent sur le sol et en l’enfouissant. Ils réalisent ainsi un humus riche pour le plus grand bonheur des plantes qui vont y vivre et donc, dans le cas qui nous intéresse, du jardinier. C’est cette couverture que nous devons recréer au potager. Pour ce faire, plusieurs possibilités s’offrent au jardinier amateur. Il y a bien sûr le « mulch » qui est vendu en jardinerie, composé d’écorces ou de déchets de noix de coco – transportées sur des milliers de kilomètres ! Il existe aussi des paillassons et voiles divers… Nous oublierons bien vite tout cela pour nous concentrer sur ce qui ne coûte rien et qui nous est livré sur place par la nature. En automne, c’est facile : il suffit de se baisser et de récupérer les feuilles mortes – qui, comme chacun sait, se ramassent à la pelle. Celles-ci serviront à protéger les cultures restant en place l’hiver, comme la mâche, les poireaux, les choux, les bettes, etc. Elles forment le « compost de surface », le plus proche de ce que la nature réalise toute seule. Mais les restes de table, les déchets de jardin, les litières – fumiers – d’animaux – mais pas de compagnie ! –, les cartons propres de tout plastique et agrafes diverses, les tailles de haie broyées, l’herbe de tonte – en fine couche : on doit voir le sol à travers… En résumé : tout ce qui provient de la nature et qui n’a donc aucune raison de ne pas y retourner en apportant au passage sa richesse au sol.

Mais une des grandes caractéristiques de la méthode à laquelle Gertrud Franck a donné son nom, c’est « l’interligne ». Entre deux lignes de culture, on va semer un interligne d’épinards qui sera fauché – à la rasette –, avant sa montaison ; on le laissera sur place afin d’assurer la couverture du sol et la fertilisation. L’épinard est essentiel pour la réussite de la méthode : ses racines profondes empêchent le lessivage du sol, et sa teneur en saponine permettra d’éviter toute carence en fer des cultures suivantes. De plus, l’acide oxalique qu’il contient aidera à lutter contre la hernie du chou.

L’« avant culture » est une autre façon de réaliser la couverture du sol. Il s’agit de semer un engrais vert aux endroits non utilisés, c’est-à-dire là où seront disposées les cultures non hâtives telles que les tomates, les haricots, la laitue, etc. On sèmera – assez dru ! – de préférence de la moutarde car elle lève très rapidement. Elle possède également un réel pouvoir désinfectant et régénérant pour le sol, et aide à lutter contre les nématodes, tout particulièrement ceux de la pomme de terre. D’autres plantes peuvent être utilisées, comme par exemple la phacélie. Cette plante mellifère lève facilement et offre de très jolies fleurs qui résistent longtemps ; elles sont très attractives pour les moucherons qui se font un devoir de nous débarrasser des pucerons qui envahissent nos rosiers. Une fois fauchée, cette masse de verdure assurera une parfaite couverture du sol.

Autre plante intéressante : la féverole. Cette légumineuse possède la caractéristique d’assimiler une très grande quantité d’azote qui servira, après fauchage – elle atteint trente à quarante centimètres de haut ! –, aux plantes gourmandes qui suivront telles que la tomate, les cucurbitacées, les choux, etc. D’autres engrais verts existent encore, mais présentent l’inconvénient de lever ou de se développer trop lentement, ou encore d’être défavorables à certaines cultures. Je me limiterai donc à ces trois plantes.

Le travail du sol sera grandement facilité par la couverture du terrain ainsi réalisée. En effet, les mauvaises herbes seront rares car elles auront eu beaucoup de difficultés à traverser cette épaisse couche de matière organique. Au printemps, on écartera ce « mulch » pour effectuer les semis. Une fois les plantes suffisamment développées, on refermera ce compost de surface contre la culture. Si la terre est, malgré tout, trop tassée, on fera un passage à la grelinette ou à la guérilu car, jamais au grand jamais, il ne faut retourner la terre. Tout le travail de couverture du terrain serait anéanti !

2. Le cadre de vie du potager

Nous ne nous étendrons pas trop sur ce sujet. En effet, il se présente de façon identique pour tous les jardins bio, qu’ils recourent à la méthode « Gertrud Franck » ou non. Pour rappel, un jardin bio doit toujours être considéré comme un ensemble global, dont chaque élément est indispensable pour assurer à l’ensemble son parfait équilibre.

Ces éléments sont, tout d’abord :

– la haie la plus variée possible, composée d’épineux – refuge des oiseaux – et d’arbustes à baies – garde-manger des oiseaux – les plus diversifiés : aubépine, prunellier, églantier, cornouiller, charme, hêtre fusain, sureau et noisetier… La haie, lors de sa taille, fournira un compost de toute première qualité ;

– la mare qui apportera, quant à elle, à boire aux oiseaux et à de nombreux petits animaux indispensables tel que le hérisson. On n’oubliera donc pas de la creuser en pente douce afin que ces petits alliés puissent toujours s’en extraire. La mare attirera également grenouilles et crapauds qui se feront un plaisir de nous débarrasser des limaces et de nombreux insectes réputés nuisibles ;

– les tas de bois et de pierres seront le refuge idéal du hérisson, de l’orvet, de la taupe, de la musaraigne, de la fouine, du lézard, etc. Tous sont d’indispensables auxiliaires ;

– les nichoirs seront autant d’abris idéaux, à défaut d’être naturels, pour les mésanges charbonnières et bleues, les chauves-souris, les chouettes, les rouges-gorges, les rouges-queues, les bergeronnettes et les moineaux… Mais il ne faut pas oublier les insectes tels que les guêpes, les abeilles, les carabes, les chrysopes, les coccinelles – autochtones ! –, les forficules, les punaises et les syrphes…

– la prairie sauvage et fleurie, espace où la nature reprend quelque peu ses droits, est une pelouse où l’on va semer et planter un certain nombre de plantes sauvages. On trouve dans toutes les bonnes jardineries bio des semences en mélange de fleurs sauvages. Ces plantes serviront essentiellement à la nourriture des oiseaux et des insectes, mais aussi de refuge pour nombre de petits animaux, auxiliaires précieux du jardinier. En effet, cette « prairie » ne sera fauchée qu’une fois l’an, en été, afin de limiter au maximum les dégâts causés à la faune en place et de permettre aux plantes de faire une reprise suffisante avant l’hiver ;

– les plantes grimpantes, enfin, telles que le lierre, la vigne vierge, le chèvrefeuille, la clématite ou les rosiers offriront gîte et couvert à nos amis les oiseaux. Elles habilleront aisément les abris de jardin, tonnelles et arcades diverses. Les petits fruits sont un complément indispensable au potager. Leur cadre de vie originel étant la forêt, nous recréerons au mieux cet environnement. Une importante couverture du sol est donc indispensable, et le broyat de taille de haie est idéal. Celui du sureau éloignera les mulots qui se plaisent particulièrement bien dans ce type d’environnement.

3.L’organisation du potager en cultures associées

Il est donc question de réaliser un ensemble de lignes de culture se suivant sans interruption aucune. Ces lignes sont espacées, entre elles, de cinquante centimètres. Gertrud Franck acceptait quarante à quarante-cinq centimètres mais, après expérimentation, je le déconseille. Au milieu de l’espace existant entre deux lignes, on sèmera un interligne d’épinard servant d’avant-culture, de couverture du sol et de passage pour le jardinier. Une grande quantité d’épinard sera donc nécessaire ; on le trouvera aisément en conditionnement adapté chez les bons marchands de semences bio.

Dans cette méthode, nous allons oublier les différentes familles de plantes telles que nous les avons toujours connues pour ne plus envisager que l’encombrement et la durée de culture de chaque légume.

Nous aurons ainsi :

– une première ligne, ligne rouge, qui servira pour les cultures à grand développement telles que tomates, haricots, pois, haricots à rames, choux, pommes de terre, courgettes ;

– une deuxième ligne, ligne bleue, à cinquante centimètres de la première, qui sera utilisée pour les cultures de courte période végétative et de petite taille : carottes, laitues diverses, chicorées, choux-raves, fenouil, panais, semis de poireaux.

– une troisième ligne, ligne verte, toujours à cinquante centimètres de la précédente, où nous installerons les cultures à développement moyen et qui seront en place au premier ou au deuxième semestre : poireaux, oignons, salsifis, choux-fleurs, betteraves rouges, pois, céleris, haricots nains, panais, bettes à carde.

Chacun de ces rangs peut produire deux récoltes sur une saison. Ensuite, on retrouvera de nouveau une ligne bleue, de même type de culture que le précédent rang « C » bleu. On recommence alors avec une ligne rouge, puis bleue, puis verte, puis bleue, etc. Il s’agit donc de réaliser des ensembles de deux mètres de large reprenant une ligne rouge, une verte et deux lignes bleues.

Pour la longueur des lignes, je préconise des lignes de quatre mètres de long. J’ai personnellement des lignes de huit mètres de long et je constate que ce n‘est pas pratique ! En effet, pour les légumes qui doivent être consommés rapidement une fois à maturité, comme des salades, des haricots ou des pois notamment, la quantité correspondant à une ligne de quatre mètres représentera un ou deux légumes, pour une famille de quatre ou cinq personnes. Suivant la configuration de votre terrain, vous disposerez le potager tout en longueur, ou vous le diviserez en deux, avec un sentier central. Cette deuxième solution est la plus confortable. L’ensemble, plus concentré, engendre moins de déplacement.

A titre d’exemple, quelques solutions d’aménagement de potager…

 

Le marquage des lignes

Une fois le plan établi, il sera valable autant d’années que vous le souhaiterez. Bien sûr, certaines modifications et rectifications auront lieu au fil du temps, en fonction de l’expérience acquise. Ce plan étant donc plus ou moins définitif, il est intéressant de le concrétiser à l’aide de petits piquets de bois mis en couleur rouge, verte et bleue, et servant de repérage des lignes. On peut également utiliser des tronçons de tube électrique pourvus d’un embout de finition que l’on peint. Le bois, plus durable dans le temps, ne se casse pas aussi facilement que le plastique, mais on peut s’y prendre le pied et trébucher, tandis que le plastique se rompra.

Une fois la saison terminée, et l’heure de préparer la suivante arrivée, il suffira de déplacer de vingt-cinq centimètres – toujours dans le même sens ! – l’ensemble des petits piquets, les lignes devenant des interlignes et les interlignes devenant des lignes. Le plan reste le même d’année en année. Ce système est avantageux : non seulement la question de l’implantation des cultures ne se posera plus, mais surtout vous saurez ainsi, longtemps à l’avance, où iront telle ou telle plante, ce qu’il vous faudra prévoir comme avant-culture ou comme apport de compost… De plus, vous n’aurez plus de problème de rotation : avant qu’une plante cultivée ait une chance de revenir au même endroit, huit années se seront écoulées.

4. Les associations de cultures

Dans les associations, il y a les grands classiques, comme celle des carottes et des oignons, avec répulsion réciproque des mouches de la carotte et de l’oignon. La salade protège aussi le radis des altises, le chou protège le céleri de la rouille, le céleri protège le chou de la piéride, un papillon qui dépose ses œufs sur les feuilles de chou. Ces œufs deviendront des chenilles dévastatrices ! Le fraisier apprécie la compagnie du poireau, de l’ail et de l’oignon qui l’aide à lutter contre les nématodes, et contre la pourriture grise qui se développe par manque d’aération, à cause d’une plantation trop serrée ou de la proximité d’une haie. La tomate apprécie la présence de la carotte ou, mieux, du panais dont les racines sont très profondes. Le basilic protège la tomate et les cucurbitacées du botrytis.

 

Les plantes compagnes

Dans les associations, il y a – et c’est très important ! – les plantes bénéfiques aux différentes cultures, et tout d’abord les avant-cultures dont nous avons déjà parlé : moutarde, phacélie et féveroles. Il y a aussi un certain nombre de plantes qu’il est recommandé de cultiver uniquement pour leur apport bénéfique aux cultures principales :

– l’aneth, à mélanger avec les semences de carottes lors du semis, éloigne la mouche de la carotte. Elle est également utile dans les rangs de concombres, de cornichons, de choux et de betteraves rouges ;

– le basilic : à placer avec les tomates et les cucurbitacées contre le botrytis, l’oïdium et différents parasites ;

– le bleuet est mellifère ; cette bonne plante compagne exerce une influence favorable à son entourage ;

– la bourrache est très mellifère ; elle est bonne en association avec les choux, les fleurs et les jeunes pousses comestibles ;

– la capucine est une excellente plante compagne qui assure une bonne couverture du sol et attire infailliblement les pucerons qui, de ce fait, délaissent nos cultures. En plus du potager, elle fait merveille au pied des arbres fruitiers ; ses fleurs agrémentent les salades;

– le cerfeuil peut être semé très tôt dans la saison ; il protège la salade contre les pucerons, les limaces et l’oïdium ;

– la sarriette commune protège les pois contre les pucerons, y compris les noirs ;

– le souci officinal, ou souci des champs, indique le temps qu’il va faire, en ouvrant ou en refermant ses fleurs ; les pétales comestibles égaieront également vos salades. Les soucis possèdent des propriétés antiseptiques, antifongiques et antibactériennes ; leurs racines chassent les nématodes du sol. Le souci est indispensable aux fraisiers, aux tomates et aux cucurbitacées ;

– la tagète citron est excellente en association avec les tomates ;

– la tagète nemagon, qui est plus grande et atteint septante centimètres, combat les nématodes du sol ; elle est indispensable dans tous les jardins bio !

– la tanaisie, une fois fleurie – en juillet –, est à utiliser comme insecticide ; sa présence fait également merveille dans les poulaillers contre les puces, les poux et autres intrus. Elle se présentera alors en bouquets suspendus ou en litière…

– la valériane officinale a un effet favorable sur les différentes cultures du jardin ; elle augmente l’activité des vers de terre et accroît la disponibilité en phosphore.

 

Au fil des saisons

Dès les premiers beaux jours, et dès qu’il fait suffisamment sec – en février ou début mars –, on ensemencera les interlignes d’épinards. Une fois l’épinard levé, on passera la rasette – la binette – sur le sol laissé libre ; on sèmera ensuite de la moutarde ou une autre avant-culture dans les lignes qui ne seront occupées qu’après le 15 mai. Très tôt dans la saison, on pourra semer le pois rond – le pois ridé se sème plus tard –, la carotte hâtive, les oignons et l’ail, si cela n’a pas été fait à la fin de l’année précédente.

En mars – avril, on divise les bouquets de thym, on plante les oignons de conservation, ainsi que les pommes de terre si le sol est réchauffé ; on sème les poireaux, les oignons jaunes, les radis, la roquette, la sarriette… On sème à chaud les tomates, le basilic, les tagètes, les courges, les potirons et les melons.

En mai – juin, on sème les scorsonères, les carottes de conservation, les céleris, le cerfeuil, les choux, les haricots, le mesclun, les laitues, les radis, les navets… On peut également faire un deuxième semis de tomates et de cucurbitacées pour assurer la production de fin de saison.

En juillet et août, on continue de semer de petites quantités de cerfeuil, de cresson, de mesclun, de laitue, de radis, de navets pour la conservation… Fin juillet, on sème le radis d’hiver, et fin août, l’épinard d’hiver.

En septembre, on peut encore semer de petites quantités de cerfeuil et de cresson ; on sème également des épinards en avant-culture des choux de l’année suivante. C’est aussi le moment approprié pour semer une pelouse. En octobre – novembre, après un nettoyage du sol de ses mauvaises herbes, on effectue un passage à la grelinette ou à la guérilu là où le sol a été damé, et on assure une bonne couverture du sol à l’aide de compost, de feuilles mortes… L’idéal est de ramasser les feuilles mortes avec la tondeuse en tondant une dernière fois le gazon, un mélange matière sèche et matière verte est ainsi assuré.

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